Tonton Titi

On dit : « les enfants ils ne comprennent pas tout ! » On dit : « les enfants, ils oublient ! »:

 

Du haut de mes cinq ans, c'est vrai que je n'ai pas tout compris..

Je ne te connaissais pas. Tôt tu étais parti à Paris pour rêver un avenir meilleur.

Très tôt, tu t'étais engagé au parti communiste mais tout cela je l'ai appris bien après.

 

Dans les premiers jours de juillet 1958 il régnait dans la maison de mes grands parents une grande tristesse. J'appris que le frère de mon grand père était mort,

Mais je sentais qu'on me cachait quelque chose, pour qui, pourquoi je ne le savais pas. Alors ma curiosité d'enfant s'en trouva éveillée. J'entendis des mots comme : CRS, manifestation pour la liberté, le maire de St Denis avait encore les traces des coups reçus  un mois plut tôt, on aurait dit les obsèques nationales tant il y avait de monde, cela faisait bizarre tous ces gens à ses obsèques avec au revers  de leur veste une photo de tonton Titi… Plus tard, j'ai retrouvé cette photo sur laquelle on pouvait lire en légende : Auguste Robbes mort en défendant la république.

 

 

Le 1er juin 1958, De Gaulle demande les pleins pouvoirs à l'Assemblée. Dans la rue les opposants manifestent. Maurice Papon est alors préfet de police de Paris. Les CRS sont envoyés sur place : débordement des manifestants  provocation policière difficile de savoir pourquoi cela dégénère : une chose est sûre, les CRS ne font pas dans la dentelle, les maires de gauche bien que ceints de leur écharpe tricolore ne sont pas épargnés. Plusieurs manifestants qui assistent aux obsèques portent encore les traces des violences le 3 juillet. Tonton Titi dont on disait qu'il n'aurait pas fait de mal à une mouche ne supporte pas qu'un CRS jette à terre une femme enceinte et la frappe. Il tente de calmer le policier, pour seule réponse il recevra de multiples coups de crosse sur le crâne. Tonton Titi à la fin de la manifestation rentre chez lui c'est plus tard qu'il sombrera dans le coma pour ne jamais reprendre connaissance. Tonton Titi avait 65 ans et était usé par une vie de travail mais il a eu affaire à un fauve dressé par Maurice Papon. Une répétition de ce qui devait se passer au métro Charonne.

 

Parce que je n'avais pas tout compris, j'avais cru comprendre que dans la famille nous avions honte de cette mort, mais ce n'était pas cela, c'était juste un  sentiment indicible d'injustice et l'injustice c'est tellement fort quand elle est commise justement par ceux qui devraient  faire respecter la loi et  au contraire défendre la justice.

 

Jamais il n'y eut enquête, pas de policier inquiété non plus ainsi la République de  De Gaulle le tua une deuxième fois.

 

Pendant des années, j'ai refusé de manifester parce qu'en moi il y avait une haine et une peur viscérales de la police. Alors à cinq ans, on ne comprend pas tout mais on n'oublie pas !

 



17/11/2011
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